Vendredi 20 février 2026 au CEPAS (Centre d’Etudes pour l’Action Sociale) à Kinshasa, des acteurs politiques, de la société civile, des artistes engagés, des citoyens, des juristes, des avocats ont lancé le Front de Lutte contre les Arrestations Arbitraires en RDC— FLAAR, dont le but est clair : barrer la voie aux arrestations abusives et arbitraires en République démocratique du Congo. Des médias nationaux et internationaux y ont été conviés.
Ci-dessous, le discours complet du FLAAR.
FRONT DE LUTTE CONTRE LES ARRESTATIONS ABUSIVES ET ARBITRAIRES (FLAAR)
Mesdames et Messieurs,
Distingués invités,
En vos titres et qualités,
Nous vous adressons nos salutations respectueuses.
Nous nous réunissons aujourd’hui dans un contexte particulier de l’histoire politique de la République démocratique du Congo. Un contexte où la démocratie, pour laquelle tant de sacrifices ont été consentis, se trouve fragilisée par des pratiques qui portent atteinte aux libertés fondamentales.
« La personne humaine est sacrée. L’Etat a l’obligation de la respecter et de la protéger. Toute personne a droit à la vie, à l’intégrité physique ainsi qu’au libre développement de sa personnalité dans le respect de la loi, de l’ordre public, du droit d’autrui et des bonnes mœurs. Nul ne peut être tenu en esclavage ni dans une condition analogue. Nul ne peut être soumis à un traitement cruel, inhumain, ou dégradant. Nul ne peut être astreint à un travail forcé ou obligatoire. », dispose l’article 16 de la Constitution.
Les arrestations abusives et arbitraires ne sont plus des faits isolés. Elles deviennent des méthodes. Des citoyens sont interpellés sans procédure régulière, détenus dans des conditions indignes, parfois dans des cachots clandestins. Certains subissent des traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Pourtant, l’article 18 de la Loi fondamentale du pays dispose ce qui suit : « toute personne arrêtée doit être immédiatement informée des motifs de son arrestation et de toute accusation portée contre elle et ce, dans la langue qu’elle comprend. Elle doit être immédiatement informée de ses droits. La personne gardée à vue a le droit d’entrer immédiatement en contact avec sa famille ou avec son conseil. La garde à vue ne peut excéder 48 heures. A l’expiration de ce délai, la personne gardée à vue doit être relâchée ou mise à la disposition de l’autorité judiciaire compétente. Tout détenu doit bénéficier d’un traitement qui préserve sa vie, sa santé physique et mentale ainsi que sa dignité. ». Fort malheureusement, ces personnes détenues dans des cachots secrets vivent sous un régime ultrapénal, rendant ainsi même le procureur passif sur les enquêtes à diligenter.
En outre, ces pratiques violent frontalement le principe sacré de la dignité humaine, consacré par l’Organisation des Nations unies (ONU) à travers la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui dispose à son article 19 : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».
Décrier la gestion de la chose publique, dénoncer des bavures, exprimer un désaccord politique : voilà des droits, non des infractions. La liberté d’expression n’est pas une faveur accordée par le pouvoir ; elle est un droit inhérent à chaque citoyen.
La République démocratique du Congo, terre du combat pour la liberté incarné par Patrice Lumumba, ne saurait être assimilée à un espace de peur et de silence. Notre nation a une essence démocratique qui ne peut être confisquée.
C’est pourquoi, face à cette dérive inquiétante, des membres de la société civile, des juristes, des avocats, des acteurs politiques et des citoyens engagés ont décidé d’unir leurs forces.
Aujourd’hui, nous lançons officiellement le Front de Lutte contre les Arrestations Abusives et Arbitraires — FLAAR.
Le FLAAR a une mission claire :
- Dénoncer publiquement toute arrestation arbitraire ;
- Assurer une assistance, juridique soit-elle, aux victimes ;
- Documenter les violations des droits fondamentaux ;
- Mobiliser l’opinion nationale et internationale ;
- Défendre, sans relâche, la dignité humaine ;
- Saisir les instances judiciaires internationales pour rétablir la justice.
Notre démarche n’est ni insurrectionnelle, ni partisane. Elle est républicaine. Elle est légale. Elle est morale.
Nous ne combattons pas des individus ; nous combattons des pratiques.
Nous ne cherchons pas le chaos ; nous exigeons l’État de droit.
Nous ne semons pas la division ; nous protégeons la dignité.
Le FLAAR se veut un rempart contre l’arbitraire et un instrument de vigilance démocratique.
Car lorsqu’un seul citoyen est réduit au silence par la peur, c’est toute la République qui vacille. A ce jour, plusieurs cas d’arrestations arbitraires et abusives préoccupent FLAAR, dont celui de Parole Kamizelo, enlevé dans l’après-midi du 6 décembre 2025 sur le site de l’Université Pédagogique Nationale (UPN), puis acheminé aux cachots du Conseil National de Cyber défense (CNC), où il a subi des tortures, des humiliations, ensuite être présenté, malgré lui, dans une vidéo dénigrante, humiliante, contraignante, avec des signes alarmants de traumatismes pour présenter des excuses au président de la République, et enfin présenté au Parquet de grande instance de Kinshasa/Gombe le 26 décembre 2025, soit 16 jours après son enlèvement pour être transféré à la prison de Makala, et le deuxième cas préoccupant c’est celui de Nathanaël Onokomba qui a été enlevé le 5 janvier 2026, à l’issue d’une conférence qu’il donnait, avant d’être conduit, civil de son état, à la prison militaire de Ndolo mercredi 21 janvier 2026, soit 16 jours après avoir subi des tortures, des humiliations dans des cachots clandestins du Conseil National de Cyber défense (CNC). Jusqu’à ce jour, leur sort dans leur lieu de détention est déplorable.
Le régime en place n’a qu’un seul objectif, inchangé : mater toutes les voix qui dénoncent les bavures, la mégestion, la dictature du régime en place, taire la voix de la jeunesse face à l’injustice dont elle est sujette. Aujourd’hui, le CNC s’érige en bourreau des opposants politiques congolais, des voix qui osent dire tout haut : « STOP ! Ça suffit ! ».
Face aux dérives du régime actuel, les Organisations Non Gouvernementales (ONG) ainsi que celles de défense de droit de l’homme se taisent, ne dénoncent pas. Pourtant, sous le régime précédent, celui de M. Joseph KABILA, elles se levaient avec fermeté pour les décrier. Comment expliquer, tout d’un coup, ces deux poids, deux mesures ? Car, comme le dit l’adage, qui ne dit rien consent. Tout porte à croire qu’il en est ainsi.
En ce jour de lancement, nous appelons les forces vives de la nation à rejoindre ce combat pacifique, légal et nécessaire. Défendre la liberté n’est pas un acte d’opposition ; c’est un acte de responsabilité.
Vive la dignité humaine.
Vive l’État de droit.
Vive la République démocratique du Congo.
